samedi 14 février 2009

Quand le bateau coule ! Le monde maritime en émoi:


Le trafic maritime transporte à lui seul près de 90% du commerce mondial. La crise actuelle qui touche l’ensemble des continents a donc très fortement impacté ce secteur.
Il s’avère que l’intensité de l’activité maritime est un indicateur très apprécié des analystes économiques pour mesurer les tendances et la croissance économique mondiale.

Le secteur a d’ailleurs été florissant jusqu’à la chute de Lehman Brothers.
Les armateurs voyaient progresser la valeur de leurs actifs, avec des niveaux de résultat qui atteignaient des records.
Pour prendre un exemple parlant, prenons le cas des navires type Capesize (vraquier pouvant transporter plus de 80 000 tonnes de marchandises brutes : charbon, graines). Il se négociait alors autour de 200 000 $ la journée et on estimait le prix du navire à 150 millions de $.
Tous les types de navire de marchandise ont été touché par cette euphorie ; tanker, containership… Forcément la construction navale a suivi la tendance et les armateurs se sont, donc, lancés dans des programmes de commande ahurissants, portés par la conjoncture du commerce mondial et par les promesses d’une croissance du trafic international de marchandises.

La crise arrive, les échanges diminuent drastiquement et inévitablement le besoin en transport maritime fond comme neige au soleil.
La valorisation de ses actifs (navires de transports) s’est effondrée. Le même Capesize se loue aujourd’hui 20 000 $ la journée, et il ne vaut plus que 30 millions de $ dans le meilleur des cas !

Le cas du transport maritime est particulier puisque reposant sur un paradoxe constant. Le manque de bateaux augmente les tarifs de transport, poussant alors les armateurs à produire plus de bateaux (logique de court-terme), ce qui fait alors descendre les coûts de transport. Les prix étant moins élevés, ces mêmes armateurs réduisent leurs investissements, et dans un contexte de croissance économique et commercial, ceci pousse de nouveau les prix à la hausse.


Aujourd’hui, il semble que le secteur sera durablement touché pour deux raisons :

  • La chute des échanges mondiaux
  • La livraison des navires commandés dans l’euphorie et aujourd’hui inutiles. Ces nouveaux navires participent d’autant à la chute des prix …
Nous parlons régulièrement dans ce blog de responsabilisation de l’économie, de construction de nouvelles valeurs et finalement de la construction d’un nouveau capitalisme, que l’on pourrait appeler capitalisme durable. La vision à court-terme et l’opportunisme de circonstance ont conduit à la crise que nous connaissons. Nous sommes critiques, mais les investisseurs encore plus, voici d’ailleurs la conclusion de la personne interviewé sur cette crise : « Les conséquences de cette crise sont simples : les armateurs seront sanctionnés par leur imprudence ! Ils sont confrontés à des endettements sans aucun rapport avec les actifs achetés (70% de la perte de valeur), doivent respecter leurs commandes de nouveaux cargos et les loyers couvrent au mieux les coûts d’exploitation.Autant dire que les armateurs attendent avec impatience la reprise de l’activité, ce qui n’est pas encore pour demain ! »
Jean Paul
Merci à AG pour son aide sur le dossier


vendredi 13 février 2009

Les 7 mercenaires


Avec la crise, tous nos économistes ont relu Keynes. Au risque de nager à contre-courant, j’ai relu Smith et considère qu’il ne faut parler d’humanisme à nos banquiers ou de s’en prendre à leurs rémunérations mais de favoriser leurs intérêts pour les faire changer :
« Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage.» – Adam Smith (1723-1790).
Nous avons besoin de ces mercenaires pour défendre nos villages et être concurrentiels. En les désignant comme coupables de notre excès d’interventionnisme, nous pénalisons nos entreprises, et donc nos emplois.
Au fait, qu’est-ce que vous préférez, qu’ils sauvent nos entreprises ou qu’ils soient au SMIC (Salaire Maximum Interprofessionnel de Croissance) ?

Patrick Marchant

La déraison a ses raisons !

Mercredi, Wall Street chutait malgré le plan de relance voté par le Sénat et la présentation par Timothy Geithner d’une solution visant à soulager les banques de 500 millions de $ d’actifs toxiques.

La bourse américaine est sceptique face à un plan qu’elle considère comme complexe et dont les effets sont très aléatoires. L’établissement américain aurait préféré un assouplissement des règles de valorisation des actifs (aujourd’hui le principe est celui du mark to market, fair value, juste valeur), règle pourtant inventée par leurs prédécesseurs.

Mais de quoi s’agit-il ? Dès les premiers Post du blog, en décembre 2008, nous parlions de l’immobilier américain et de l’absurdité des solutions employées par les banques pour gérer les maisons en caution qui ne trouvent plus d’acquéreur. Le plus souvent, les banques préféraient détruire ces biens ne sachant pas comment gérer ces actifs dépréciés dont les valeurs de marché ont dégringolé.

Pourtant le marché et les banques ont massivement adopté ce principe de valeur de marché dans les années 90, valeur très rentable lorsque la bourse est à la hausse, et qui permet une spéculation sur les actifs, sans véritablement réfléchir aux conséquences de tels principes en cas de krach financier.

Et aujourd’hui, c’est bien là qu’est toute la question : comment gérer ses actifs dépréciés dont la valeur de marché est aujourd’hui proche de 0 $ mais dont la valeur intrinsèques, la valeur réelle est, elle, positive ?

Pour mieux comprendre cette problématique, prenons un exemple : une maison achetée avec un crédit hypothécaire en 2000 valait 100 000 $. Aujourd’hui, en 2009, sur le marché, il y a trop de maison et trop peu d’investisseurs, la maison valorisée au prix de marché vaut 50 $, pourtant le bois, la charpente, les volets, tout ce qui fait d’une maison une maison valent à eux seuls bien plus de 50 $.

Les banques sont dans cette situation absurde de gestion ! Pour faire face à cette incohérence du marché, les Etats réfléchissent à la création d’une Bad Bank pour gérer ces actifs dépréciés.
Matthieu dans son post de mercredi faisait le point sur cette opportunité.

Mais ce qui est amusant, c’est que nous allons solutionner la crise par un endettement massif des États alors même que cette crise trouve ses fondements dans l’endettement, décidément la déraison a ses raisons !

Jean Paul

jeudi 12 février 2009

Les banques françaises recadrent les traders

Mayeul vous en avez déjà parlé, lors de son discours, le Président Sarkozy a été clair les banquiers doivent prendre leur responsabilité, car dans cette crise ce sont les premiers a être montrés du doigt.

Les banques ont décidé cette fois de coopérer. Elles se sont engagées à adopter un "code éthique", autrement dit les banques françaises adopteront dorénavant une conduite plus raisonnable dans le versement des bonus des traders. Nicolas Sarkozy avait été virulent en s'adressant tout particuliérement aux traders, "des jeunes gens qui jouaient à spéculer", et jugeant que le système de bonus appliqué à ces financiers était en partie responsable de la crise.

La FBF (Fédération Bancaire Française) s'est immédiatement mise au travail et prépare un rapport qu'elle remettre à Christine Lagarde. Une fois appliquées, ces mesures permettront de verser des bonus plus "proches de la réalité". Les banques assurent qu'elles supprimeront les primes garanties, ne distribueront aucune prime en cas de position de marché perdante et caluleront dorénavant les primes en fonction du cours de l'action de l'entreprise. la France devient donc le premier pays à restreindre les bonus des traders.

Il aura fallu une catastrophe économique pour que certains administrateurs prennent connaissance de l'ampleur de certains bonus. Un Français de Goldman Sachs avait touché 50 millions de livres sterling en 2007. Jérôme Kerviel ayant mis un an pour évoquer la folie du métier de trader. "J'ai fait une grosse bêtise" a t-il avouer au micro de RTL. Il n'est donc jamais trop tard pour prendre conscience.
Fleur

mercredi 11 février 2009

Fortis claque la porte à BNP Paribas

L’information vient de tomber !
Les actionnaires de la banque-assurance Fortis, réunis à Bruxelles, viennent de voter contre la nationalisation de la filiale bancaire de Fortis Banque.
Les choses se compliquent donc pour l’Etat belge mais aussi pour BNP PARIBAS. La banque française était très intéressé par la filiale banque du géant néerlando-belge.

Jean Paul

La crise, l'Europe et la concurrence


Selon le magazine l'Express, la Commission Européenne envisagerait de d'encadrer les dispositifs nationaux de soutien aux banques. Sont notamment visées les structures de défaisance pour épurer les actifs toxiques des établissements financiers. La raison invoquée ? "éviter les distorsions de concurrence et soulager le coût pour les Etats".

La strucutre de défaisance n'est pas un mécanisme nouveau - la France l'a déjà connu dans les années 1990 lors de la faillite du Crédit Lyonnais (la structure s'appelait alors le Consortium de réalisation), et le Japon y a eu massivement recours pour épurer les créances douteuses de ses banques tout au long des années 1990/début des années 2000.

Une structure ad hoc est créée pour racheter les actifs toxiques des banques pour leur permettre d'avoir des comptes sains, se reconstituer une santé et restaurer la confiance dans le système économique et ainsi financer les entreprises. Le hic, c'est le prix auquel ces actifs sont rachetés. A priori, la structure de défaisance sera créée par les Etats, et ce sera donc l'argent du contribuable qui rachèterait les actifs douteux au prix du marché. Or le prix du marché est actuellement bien plus bas qu'à l'époque où ils avaient été acheté par les banques. Ces dernières, pour redonner confiance dans leurs comptes, ont tout intérêt à les céder au prix d'achat d'origine. Si tel était le cas, les Etat supporterait la variation due à la crise... et les établissements bancaires n'assumeraient pas le poids de leurs erreurs. La Commission Européenne veut forcer les banques à vendre leurs actifs au prix actuel du marché : elle protège ainsi les contribuables, et harmonise au niveau européen les conditions de reprise des poids morts.

En Europe, les Britanniques ont été les premiers à mettre en place un mécanisme s'en rapprochant, avec des garanties des pouvoirs publics qui assurent - moyennant rémunération - les banques contre les pertes liées à leurs actifs toxiques.

Il y a donc une certaine légitimité pour l'Europe de s'impliquer dans les plans nationaux de soutien aux banques. Et pourtant, je m'étais dis "qu'est-ce que la Commission Européenne a encore à mettre son nez dans un environnement déjà pas mal compliqué à comprendre". Mais c'est vrai que c'est bien plus pratique de se retrancher derrière la complexité de la crise pour tenir Bruxelles bien à l'écart des Français...

Bref, et les pénalités pour les banques, tel qu'il est envisagé par la Commission ? Rien de moins que les restructurations. Mais restons réalistes : la Commission ne semble pas motivée par le sabordage des établissements européens "compte-tenu du caractère généralisé de la crise des banques", cite la source du magazine.

Cela illustre bien le dilemme actuel de l'Europe : oui, faisons quelque chose pour organiser la gestion de la crise financière, oui soyons créatifs, oui coordonnons-nous, mais comment ? Car il ne s'agirait pas de détruire des fleurons européens, qui constitue un des piliers de sa puissance et de son influence dans le monde. Mais cette voie ne serait-elle pas un moins de faire supporter de manière "légitime" le poids des responsabilités des banques dans la crise mondiale ? Certes, me répondrez-vous, ce ne sont pas les Européens qui sont responsables. Mais je ne suis pas d'accord pour faire payer les contribuables européens non plus.

Avez-vous des idées ?

Matthieu


mardi 10 février 2009

Frais bancaires : des forfaits qui ne craignent pas la crise


Une bonne nouvelle pour les usagers des banques en ces temps de crise : les frais bancaires baissent en 2009. C’est du moins ce que révèle le palmarès des tarifs bancaires CLCVMieux Vivre Votre Argent.

Cette enquête annuelle met en lumière les pratiques des banques et pointe notamment du doigt les packages. En effet, la baisse – d’environ 6% - n’est valable que pour les services à la carte et non les pour les offres de service. Ainsi quel que soit le profil du ou des clients, dans la majorité des banques, il revient moins cher de payer les services à la carte.

Cette enquête détaillée (124 banques) doit engager les consommateurs à être plus attentifs aux offres des banques, à ne pas hésiter à faire jouer la concurrence.
Elle est aussi l’occasion pour les banques de songer à se remettre en cause. En effet, au moment où le gouvernement met en place des aides pour leur permettre de faire face à la crise financière, celles-ci ne peuvent que s’interroger sur les relations à mettre en place avec leurs clients.

Mayeul

lundi 9 février 2009

Halte aux amalgames :


Sur ce blog, nous sommes les premiers à mettre en avant les excès des grandes banques françaises, excès largement repris dans la presse et les différents médias.
Mardi 27 janvier 2009, Patrick ARTUS, chef économiste chez Natixis, mettait les points sur les i avec les analyses biaisées des journalistes qui façonnent l’opinion.
La situation des banques françaises (et dans une autre mesure des banques italiennes et espagnoles) est tout à fait différente de celle des banques américaines ou anglaises.
Alors que les banques anglo-saxonnes subissent des pertes considérables suite à des acquisitions périlleuses et des expositions défavorables sur les marchés, les banques françaises, elles, continuent de faire des bénéfices.
Alors pourquoi l’État devrait intervenir me direz-vous ? Cette intervention est nécessaire pour le maintien et la progression du crédit aux entreprises. L’humeur ambiante sur les marchés fait que les banques ne peuvent plus aujourd’hui se financer par cette voie, qui dit moins de financement, dit moins de crédits accordés, et donc des entreprises étranglées par leurs finances. L’État intervient alors en tant que financeur pour maintenir les capacités de crédit des banques françaises. Une forte contraction du crédit ralentirait gravement l’activité économique nationale.
On est en droit de poser le problème de la rémunération des patrons des grandes banques françaises, mais ne mélangeons pas tout, en comparant ces sommes avec l’argent injecté par l’État.
Ce n’est pas parce que les banques font des bénéfices, malgré la situation, qu’elles sont toutes des voleuses. On pourrait même voir en ces bénéfices un signe de fierté nationale, nos banques sont fortes mais face aux injections massives outre-manche et outre-Atlantique, l’intervention de l’État reste une nécessité.

Jean Paul

La vidéo du lundi : le détournement de la dernière campagne d’ING Auto

Les services communications des entreprises ne pensent pas toujours au détournement qui peut être fait de leurs campagnes de communication.

La dernière victime est ING Auto en Belgique, la filiale de la banque néerlandaise ING (le groupe a reçu au mois d’octobre dernier 10 milliards d'euros de l’Etat néerlandais et a demandé au gouvernement une seconde vague de soutien) en charge de l’assurance automobile. Regardez cette vidéo réalisée par une ONG belge, Comité d’Annulation pour la Dette du Tiers-Monde :




Ce qui au départ était une campagne de communication avec des objets promotionnels se retourne non seulement contre la filiale ING Auto mais contre le groupe bancaire ING tout entier. Comme quoi, une campagne de communication ne devrait pas seulement être pensée en termes d’argumentaire marketing mais aussi de risque de détournement et de risque « image ».


Marie

dimanche 8 février 2009

Enfin ! une nouvelle communication des banques


La récente campagne de la BNP Paribas intitulée « mission conseil » peut apparaitre comme un véritable changement dans la politique de communication d’une banque. En effet, cette campagne se recentre sur une mission essentielle de la banque : le conseil aux clients et plus particulièrement aux investisseurs. La banque s’inscrit donc, avec ses atouts naturels dont le maillage territorial, dans le conseil, le développement et au final le soutien à l’activité économique tournant ainsi le dos à la recherche unique du profit.

La BNP ouvre ainsi le chemin à une véritable évolution tout en reconnaissant les conséquences de la crise économique sur l’image des banques. « Si la crise détériore l'image des banques, elle souligne aussi l'importance de leur utilité. BNP Paribas est conscient que sa mission est plus que jamais de conseiller ses clients et prospects, particuliers ou professionnels, et de les aider à acquérir un logement, créer une entreprise, financer leurs études, etc… ».

Un tel geste mérite d’être souligné car il peut être analysé comme l’ébauche d’un mea culpa.
Espérons que ce changement d’approche, que les consommateurs attendaient depuis le début de la crise, soit suivi par les autres établissements bancaires.

Mayeul