samedi 11 avril 2009

La crise dans les kiosques

On ne pouvait pas terminer la semaine sans vous parler de la parution, le 6 avril, du premier numéro du magazine "TIPS". La société de presse SCPE a voulu frapper un grand coup en commercialisant le premier magazine anti-crise. En effet, quoi de plus malin en ce moment que de parler aux gens d'un thème auquel ils sont confrontés quotidiennement.

Au premier abord "TIPS" ressemble au nombreux magazines consacrés à l'actualité people. En le feuilletant, on s'aperçoit que le but du magazine est de donner chaque semaine des conseils pour consommer malin. Autrement dit, ce magazine, dédié aux femmes (de grands consommatrices?!), donne des bons plans pour continuer à consommer (vêtements, beauté, décoration...) sans se ruiner. Pour vendre, le magazine met en avant les nombreux et divers bons de réduction offerts dans le magazine, quelques articles consacrés aux célébrités, ainsi qu'une éthique écologique (le papier utilisé vient de fôrets régénératrices).

La crise économique est devenu un phénomène et "TIPS" n'est pas le premier à s'en servir pour se médiatiser. Prenez par exemple le film "Erreur de la banque en votre faveur" qui n'hésite pas à se servir de l'image actuelle des banques pour mettre en avant sa campagne d'affichage. Quant à la mode, elle semble aussi très inspirée par la crise puisque l'on peut s'offrir des tee-shirts aux messages très inspirés: "La crise m'a volé mes pépitos", ou encore "Plus on est de fous, plus on crise"! On ose à peine le croire et pourtant la crise fait vendre!

Fleur

vendredi 10 avril 2009

Finance islamique : une réponse alternative aux petits soucis des PME françaises

La finance islamique va concurrencer à court terme les crédits fournisseurs et à moyen terme les organismes de crédit. En refusant de ne pas en tenir compte, ces établissements traditionnels prennent un risque inacceptable.

Le produit répond à besoin clientèle : « j’ai besoin d’investir dans du matériel, alors, que mon banquier prenne 5% à la source ou que je donne l’équivalent en euro à la banque islamique une fois que j’aurais réalisé plus de CA grâce à cet achat, c’est pareil » (H.G – gérant d’un commerce à Paris).
Pourtant, les barons de la banque n’y croient pas : « ils n’ont pas le niveau et nos clients ne les prennent pas au sérieux » (N.H – un cabinet parisien).

Alors qu’en ces temps de crise, les entrepreneurs luttent pour leur survie, les intouchables n'y croient pas. Ceux qui l’anticipent suivent un Master à Strasbourg


Patrick Marchant

jeudi 9 avril 2009

Après le lancer de chaussure, le lancer de tomates ?


La contestation gronde contre les banquiers, les patrons et leurs super-bonus … Alors que les Etats hésitent à légiférer préférant une négociation interne des banques, certains citoyens semblent bien plus pressés.

C’est le cas de l’association MOVEON.ORG.

L’histoire de Moveon n’est pas récente puisque l’association a été fondée par deux anciens de l’informatique lors de la procédure d’impeachment contre Bill Clinton.
Le site qui a par la suite apporté son soutien au candidat Obama draine aujourd’hui des fonds au profit de syndicats de gauche et du parti démocrate.

Leur campagne est actuellement centrée autour de la lutte contre le versement de bonus aux dirigeants d’AIG.
Moveon.org vous propose donc de projeter un nombre incalculable de tomates sur la façade de l’immeuble de la banque en question, afin de faire savoir votre mécontentement et votre désapprobation.

N’hésitez pas, c’est défoulant et amusant ! Seul bémol, une petite inscription pour accéder au jeu, je vous conseille de donner une adresse email « poubelle » afin de ne pas recevoir les différents appels aux dons de l’association.

Pour jouer c’est ICI

Jean Paul

mercredi 8 avril 2009

Belle initiative de Dauphine

L'université de Paris Dauphine adopte, face à la crise financière, un comportement responsable que beaucoup pourrait imiter.

En effet, l’université a décidé, dans un communiqué, de renoncer provisoirement à son Master “Marchés financiers, marchés des matières premières et gestion des risques” :

“2009, et sans doute 2010, seront des années de forte restriction des recrutements dans les métiers du trading. En outre, certaines conséquences de la crise financière devraient perdurer, même dans la perspective d’une reprise économique. Pour ces raisons, à la suite d’une concertation avec les professeurs de finance de l’Université et avec des professionnels du secteur, et en plein accord avec la présidence de l’Université Paris-Dauphine, il nous est apparu qu’il était de notre responsabilité de ne pas recruter d’étudiants en Master 203 pour l’année universitaire 2009/2010.
La prochaine campagne de recrutement du master aura lieu au printemps 2010 pour une rentrée à l’automne 2010 avec une maquette rénovée et adaptée à la nouvelle donne du marché financier. Ce choix s’inscrit dans notre volonté de privilégier l’insertion professionnelle de nos étudiants.”

Malgré une annonce négative pour l'image de l'Université et une analyse négative des perspectives de sortie de crise, cette décision doit être saluée. Elle peut apparaitre comme marquant le début d'une nouvelle approche éthique de l'enseignement universitaire dont la réforme est fortement décriée en ce moment.

Mayeul

Erreur de la banque en votre faveur






Je vous avais parlé il y a quelques jours du film « L’enquête-the International » que j’étais allée voir au cinéma. Je vais pouvoir y retourner et voir le film « Erreur de la banque en votre faveur » qui sort aujourd’hui et dont Fleur vous avait déjà parlé.

Voici le synopsis du film : « Lorsque Julien Foucault, maître d'hôtel de la très vénérable banque d'affaires Berthin-Schwartz, apprend son licenciement, il y voit l'occasion de réaliser son rêve de toujours : ouvrir un restaurant avec son meilleur ami Etienne. Pourtant, après 17 ans de bons et loyaux services, la banque lui refuse tout appui financier. Julien décide alors de tirer profit des informations confidentielles dont usent ses employeurs, mais ces derniers le prennent en flagrant délit d'initié et décident de lui jouer un tour machiavélique. »

Deux films sortis en moins d’un mois sur les banques, n’est-ce pas un signe des temps ? Surtout lorsqu’on remarque que les banques n’y sont pas présentées à leur avantage. Je pense que les films, tout comme la musique ou la littérature, sont des reflets de la société et que ces reflets sont depuis plusieurs mois assez négatifs vis-à-vis du monde financier et des banques. Simple coïncidence ou véritable prémisse d’une nouvelle attitude de la population ?

Marie

mardi 7 avril 2009

Les salaires des banquiers : une petite amélioration


La récente publication par Challenges du salaire 2008 d’un certain nombre de patrons du CAC 40 apporte un éclairage intéressant à l’actuel débat sur la rémunération des banquiers.
C’est bien entendu la partie variable de la rémunération qui est essentiellement la cause de ces baisses. En effet, dépendant de certains critères de performance, elles suivent logiquement le marché à la baisse. Cette rémunération ne prend pas en compte les divers bonus, stock options et retraites chapeaux.

Société

Dirigeant

Salaire 2008 (K €)

Salaire 2007 (K €)

Evolution

BNP Paribas

Baudouin Prot

946

3 320

- 71,5 %

Crédit Agricole SA

Georges Pauget

920

1 527

- 39,8 %

On peut ainsi saluer la très forte baisse, la plus importante des rémunérations des patrons du CAC 40, du salaire de Baudouin Prot.

On peut ainsi se rendre compte que les banquiers semblent animer d’un certain esprit de responsabilité en matière de rémunération bien loin des clichés habituellement diffusés dans les médias. A l’opposé, alors que le gouvernement s’acharne à moraliser les rémunérations des sociétés bénéficiant d’une aide d’Etat, il est consternant de voir que parmi les trois plus fortes hausses de salaire en 2008, on trouve deux entreprises publiques (France Télécom et GDF Suez).
Cependant, ils sont toujours incapables de transformer ces initiatives heureuses en force grâce à une communication active mettant en valeur non pas leurs sacrifices (n’exagérons pas !!) mais leur volonté d’exemplarité.

Mayeul

lundi 6 avril 2009

Les paradis fiscaux : cas d'école géopolitique


Le journal Libération, reprenant une dépêche AFP, publie un article très intéressant sur les conséquences qu'ont eues les décisions du G20 du 02 avril 2009 sur certains territoires. Ce faisant, il donne une dimension médiatique à des réalités parfois difficilement visibles, ayant trait aux paradis fiscaux. Ce sujet a été de nombreuses fois traités sur ce blog. Mais les réactions de responsables suisses, luxembourgeois, autrichiens... ce week-end auraient tendance à montrer la pertinence de nos hypothèses.

Je ne reviens pas sur la complexité entourant les paradis fiscaux et sur la nécessité de dépasser une vision passionnelle, voire simpliste du phénomène. Ici, je souhaite m'aventurer sur un terrain peu envisagé dans la crise économique et financière: la dimension géoéconomique, voire géopolitique.
Je m'appuie sur un autre article de Libération, qui fait partie du dossier que le quotidien consacre au G20. Il traite de la perception par les media chinois du rôle du Président chinois à Londres Hu Jintao, et plus largement de la
place centrale de la Chine dans les relations internationales.

Le G20 a opté pour l'adoption d'un
document de l'OCDE pour classifier les paradis fiscaux en trois catégories : blancs, gris et noirs. Où l'on découvre que Macao et Hong-Kong sont blancs - comme les îles anglo-normandes, d'ailleurs - mais pas le Luxembourg, la Suisse, l'Autriche, la Belgique, le Liechtenstein, Andorre, San Marin, Monaco..., qui sont gris (certains étant plus gris que d'autres. Je passe sur la méthodologie.
Je note toutefois que Jersey, Guernesey, l'île de Man, voire l'Eire ont été blanchi... sitôt que la Chine a exigé le retrait de Macao et Hong-Kong de la liste grise.
Inutile de souligner que les Etats disposant de paradis fiscaux auront d'autant moins de poids à défendre leurs positions sur la scène internationale en matière financière et fiscale.

Ce qui revient à dire que le Royaume-Uni conserve - mais c'était attendu - sa prédominance mondiale en la matière, mais surtout que la Chine acquiert de manière très officielle un statut de référence en terme de transparence de flux financiers. Avec toutes les conséquences politiques et géopolitiques que cela implique.
Et Libération de souligner avec justesse un point important mais néanmoins subtil :
"la demande (de la part de la Chine, ndlr) d’une participation accrue des pays en développement dans l’économie mondiale, pour permettre une «harmonisation» des solutions. La Chine assoit ainsi son rôle croissant de «grand frère» de nombreux pays du Sud qu’elle soutient financièrement en échange de matières premières et de votes à l’ONU".

Je vous invite chères lectrices et chers lecteurs à vous pencher sur la politique étrangères de la Chine depuis une dizaine/quinzaine d'années.


"La lutte contre les paradis fiscaux", n'en déplaise à Monsieur Sarkozy, ne sera pas menée avec l'énergie voulue et désirée par le G20. La crise économique et financière - n'en déplaise au G20, cette fois - sera traitée de manière assez pragmatique, et certainement avec une interprétation très libre des engagements du 02 avril.
Car derrière ces engagements, c'est un affrontement sur le champs de bataille de la puissance qui se joue. Certains Etats considèrent la crise comme un moyen de s'installer durablement dans les affaires du monde, d'autres comme un phénomène très destabilisateur, susceptible de remettre en cause leur position géopolitique.

Il y a un moyen, je pense, de contourner l'obstacle, d'avoir un coup d'avance dans le jeu mondial. La France - et l'Europe - pourraient développer de nouveaux modèles, axés sur le long terme. Cela tombe bien, l'UE a fait le choix il y a une dizaine d'années du développement durable. Qu'elle se dote alors d'instruments efficaces, rapides, souples pour permettre à ses PME innovantes dans les secteurs de l'environnement de se financer sans avoir recours aux paradis fiscaux. Que l'UE se dote d'une politique industrielle - ce qui va effectivement à l'encontre du dogme de la concurrence tel qu'actuellement interprété - qui ferait appel aux banques pour susciter l'innovation industrielle, mais également des services. C'est également ainsi que l'UE tiendra les objectifs de la stratégie de Lisbonne, revue en 2005. Sinon, l'Union Européenne, tout comme la France, risquent de perdre la bataille de la compétitivité et l'innovation, face à des géants aux capacités de persuasion... développées.

Matthieu


La vidéo du lundi : On sera tous au RMI

Les dirigeants de la Société Générale et ceux de BNP Paribas ont fait la une des journaux ces derniers jours avec le scandale des stocks-options et celui des retraites dorées. Ils n’ont certainement pas vu cette parodie réalisée par leFred il y a quelques mois sur la musique de « On ira tous au Paradis » de Polnareff :





Marie

dimanche 5 avril 2009

le G20 et la crise : suite et fin... ou pas !



Je sacrifie à la tradition qui consiste à livrer sur le chaud des réactions à un évènement qui vient de se passer. En l'occurrence, le G20. Mayeul avait rédigé un post, se demandant si le sommet allait être si utile que cela. J'aurais tendance à dire, et certains éditorialistes ne s'y sont pas trompé, que tout dépend de ce que l'on entend par "utile".

L'edito du Monde considère que finalement, bien plus que les mesures économiques - dont au final pas grand monde n'attendait quelque chose -, c'est l'effet psychologique de voir autant de chefs d'Etat et de gouvernement réunis autour d'un projet commun qui constitue le succès du G20. Même si ce projet commun n'a rien de "positif" (nous ne construisons pas quelque chose, nous faisons en sorte que la crise ne se reproduise pas).

Georges Ugeux dans son blog "Démystifier la finance" développe cette opinion : soyons réalistes, sachons ne pas succomber aux effets d'annonce... sauf si cela restaure la confiance. Son article est très intéressant d'ailleurs, car assez froidement, il fait un point sur ce qui existe déjà et a été repris par le G20 (telle la liste des paradis fiscaux), et ce qu'il y a de nouveau - 250 milliards de dollars pour entretenir le commerce mondial.

Notons tout de même le blog de Jean-Marie Harribey pour Alternatives Economiques, qui s'inscrit assez radicalement contre ce constat, en terminant sur un point intéressant : le G20, enfermé dans sa bulle, ne voit pas le danger de ne pas prendre en compte les dimensions sociales de la crise. A mettre en regard avec un de nos posts : la crise prélude d'une guerre. Nous avons vu des manifestations parfois violentes à Londres, d'autres, qui l'étaient davantage, à Strasbourg. Comment, me direz-vous, l'OTAN et le G20, ce n'est pas la même chose ! Certes, mais ces sommest étaient des occasions pour les désespérés, les nouveaux chômeurs, les frustrés, ceux qui souffrent de la crise financière, d'exprimer leur rancoeur, leur peur ? Je vous laisse le soin de juger si mon propos est pertinent.

Plusieurs choses que je souhaite relever tout de même :

- A l'exception des établissements financiers internationaux (FMI et Banque Mondiale), je ne vois nulle part mentionner les banques privées. Si je peux comprendre que les dirigeants du G20 ne souhaitent pas plomber leurs propres banques, je m'interroge sur le sentiment d'impunité qui peut se répandre chez elles. Là encore, entendons-nous bien, il ne s'agit pas de faire une chasse aux sorcières, mais de bien leur faire comprendre qu'il leur faille changer leurs modes de fonctionnement (ce que certaines banques françaises ont encore bien du mal à percevoir...).

- Ne nous voilons surtout pas la face : effectivement, les enjeux importants sont ailleurs. Le G20 est de la "com utile". Je suis persuadé que les véritables changements - s'ils se réalisent - se passeront à l'échelle des Etats (peut-être de l'UE). Car au final, cette crise ne peut faire abstraction des enjeux de puissance. Et c'est normal : à quoi bon réformer un système sur lequel les économies de certains territoires dépendent à presque 50% (tel le Royaume-Uni).
Non, à mon avis, s'il est bon qu'il y ait une certaine prise de conscience chez les dirigeants des dangers du court-termisme et de flux financiers non-régulés, cela ne changera pas la donne fondamentale : les banques sont sur des échiquiers concurrentiels, et lorsque certaines sont très importantes, elles ont également une dimension géopolitique où se manifestent des enjeux qui les dépassent - même, et c'est intéressant, elles ont tendance à ne pas les voir.

Les banques françaises pourraient profiter de ce G20, de cette crise, pour ouvrir les yeux, redécouvrir la stratégie - au lieu du raid - et prendre en compte cette dimension "territoriale" de leurs fondamentaux. Il devient urgent qu'elles le fassent.

Matthieu